Message du pape François pour la journée mondiale de la paix – 1er janvier 2025

« Remets-nous nos dettes, Seigneur,
comme nous les remettons à nos débiteurs,

et, dans ce cycle de pardon, accorde-nous ta paix. »

 

C’est avec ces mots que le Saint Père conclut son message sur le thème de la remise de dette. Pas de paix sans pardon. Fouad Hassoun l’a bien compris au point d’en avoir fait le titre de son livre : « J’ai pardonné ». Il est devenu avec ses amis un inlassable semeur de paix. Mais il a dû dépasser l’effroi et la révolte. Ce mois-ci, il fait mémoire, 39 ans après, de ce sombre 21 janvier 1986. Il parle « d’un événement transformateur dont la blessure reste ouverte. » Ce drame l’a transformé, mais le pardon donné n’empêche pas de garder mémoire du mal subi et les plaies ne se referment pas complètement. « Ce jour-là, j’ai offert mon sens le plus précieux, la vue, sur cet autel brûlant qu’est le Liban. Et pourtant, avec le temps, j’ai compris que le plus grand sacrifice que je pouvais offrir était le pardon. » Il a donc fait ce chemin du pardon, un long chemin. Pour vivre et pour faire vivre. Pour se relever et pour permettre à d’autres de se relever. « Mais aujourd’hui, ajoute-t-il, […] l’amertume m’étreint. […] Une question me ronge : pourquoi tout cela ? » Car malgré son pardon, le Liban saigne toujours. Mais le pardon est un don de surcroît (par-don, par-dessus le simple don), pour redonner – par-delà le mal commis – la paix, l’espérance et la dignité à celui qui a commis le mal. Notre Père du Ciel nous a pardonné et nous demande d’en faire autant. Aucun acte de pardon ne sera vain, car il n’y a pas de perte dans l’économie du salut.

Le Saint Père nous exhorte à bien mesurer combien « ce cycle de pardon » est source de paix entre les nations, comme en famille ou au travail. « Remets-nous nos dettes, Seigneur, comme nous les remettons à nos débiteurs, » écrit le pape. La première dette est celle du péché. « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé. » Le pape nous rappelle que nous sommes tous des débiteurs insolvables. En nous reconnaissants nous-même pardonnés, nous devrions nous-mêmes être des artisans du pardon. Mais dans son message, il s’attriste de constater « de si nombreuses situations d’exploitation de la terre et d’oppression du prochain ». Il veut nous ouvrir les oreilles pour écouter « ceux qui se sentent abattus par leur condition existentielle, condamnés par leurs erreurs, écrasés par le jugement des autres, et qui ne parviennent plus à percevoir une quelconque perspective pour leur vie. » Dans bien des cas, le pardon, la remise de dette, la remise de peine permet grandement aux affligés de reprendre espoir, de se relever et de retrouver goût à la vie.

Dans sa bulle d’indiction « Spes non confundit » qui ouvre l’année jubilaire, le pape François « propose aux gouvernements de prendre, en cette Année Jubilaire, des initiatives qui redonnent espoir ; des formes d’amnistie ou de remise de peine visant à aider les personnes à retrouver confiance en elles-mêmes et dans la société. » Et il a lui-même mis en œuvre ses propres recommandations : la diplomatie du Saint Siège a joué un rôle important dans la libération de 553 prisonniers à Cuba, dont les premiers ont été libérés le 14 janvier 2025.

Le message pour la journée de la paix nous invite donc à écouter le cri des affligés et à opérer un « changement culturel » en se reconnaissant soi-même pécheur et débiteur. Le pape propose enfin trois pistes pour un chemin de pardon, d’espérance et de paix : il demande aux pays riches de reconnaître leur dette « écologique » et au nom de cette dette, dont les pays pauvres sont souvent victimes, ils devraient « tout mettre en œuvre pour remettre les dettes des pays qui ne sont pas en mesure de rembourser ce qu’ils doivent. » Ensuite, le pape rappelle qu’il ne peut y avoir de paix sans respect absolu de toute vie humaine : « Je demande également un engagement ferme à promouvoir le respect de la dignité de la vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. » Il demande aussi aux nations concernées d’abolir la peine de mort pour cesser d’anéantir « toute espérance humaine de pardon et de renouveau. » Enfin le pape François invite particulièrement les jeunes générations à utiliser « un pourcentage minimum fixe de l’argent dépensé aux fins d’armements pour la création d’un Fonds mondial qui élimine définitivement la faim et facilite les activités éducatives dans les pays les plus pauvres. »

Dans la vérité de notre propre condition de débiteur et dans des gestes concrets d’amour envers notre prochain, la justice sera établie et la paix règnera. Le pape veut que nous désarmions nos cœurs, alors « amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent » (Ps 85, 11).

ND de la Paix – Sainte Mère Église (Manche-France)

(sources : 1000rcinfo.com, vatican.va)

  • Anne-Marie MICHEL